Héréditaire - L'éternel retour des théories biologiques du crime

 

 

Julien Larregue éclaire, à travers une enquête sociologique

sur la criminologie américaine, la montée en puissance

des explications biologiques de la délinquance

Depuis les années 1990, un nombre croissant de juridictions pénales

à travers le monde recourent à des expertises prenant appui sur la

génétique comportementale et les neurosciences afin d’évaluer la

responsabilité et dangerosité des auteurs d’actes délinquants. Cette

percée s’observe dans de nombreux pays. Pourtant, malgré cette

diffusion rapide, on sait encore très peu de choses sur le savoir

scientifique qui sous-tend ces expertises judiciaires.

Mêlant des analyses de la littérature et de controverses scientifiques

à des entretiens avec des criminologues, sociologues et

psychologues, Héréditaire retrace le développement historique de la

criminologie biosociale aux États-Unis des années 1960 à nos jours

en montrant comment le destin de ce mouvement est intimement lié

à celui du champ criminologique. L’analyse sociologique permet ainsi

de comprendre ce qui se joue à travers le développement de la

criminologie biosociale : non seulement pour les personnes dont les

déviances sont attribuées à des causes biologiques, mais aussi pour

les chercheurs qui investissent leurs ressources dans ce mouvement.

L’intérêt d’Héréditaire dépasse cependant la question des origines de

la délinquance et intéresse plus largement les recompositions de

l’expertise dans les sociétés contemporaines, et notamment les luttes

de territoire que les professions médicales et judiciaires engagent

fréquemment pour s’arroger le monopole du savoir sur le diagnostic,

la prise en charge et le traitement des problèmes personnels. Car si

les causes du crime sont biologiques tout autant que sociales, comme

le suggèrent les criminologues biosociaux, son traitement pourrait

appeler des solutions médicales tout autant que judiciaires.

 

Julien Larregue est sociologue à l’Institut des sciences sociales du

politique (ENS Paris-Saclay – CNRS). La thèse dont est issu cet

ouvrage a reçu de nombreux prix.

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